Pêcheur de dorades et de bars dans le Golfe du Morbihan

Pêcheur de dorades et de bars dans le Golfe du Morbihan

Pêche de la Dorade Royale dans le Golfe du Morbihan

 

 

Pêche au poser à la recherche de la Royale dans le Mor Braz.

 

 

Il y a autant d'approche de la pêche de la dorade royale que de pêcheur.

Les réflexions qui suivent ne sont que des traces de ma passion pour ce sparidé. Rien de formaliser, c'est juste l'envie d'échanger sur les techniques, les astuces, les patterns que chaque pêcheur peaufine pour avoir la chance de croiser la Royale.

 

Je pêche principalement la dodo dans le Golfe du Morbihan et cet espace marin à bien sûr des particularités qui ont grandement influencé ma façon d'aborder ce poisson. Du bord ou en bateau dans le Golfe, les techniques à mettre en oeuvre ont des similitudes entres elles.

Comme d'autres articles contenus dans ce blog, j'apporterai des modifications quand ma pratique évoluera. Pour que ma passion s'alimente, comme tout pêcheur, je n'ai de cesse de chercher, d'apprendre, de partager et de rencontrer d'autres passionnés de la belle aux sourcils d'or.

 

 

La période
 

La température de l'eau est primordiale. Une montée du mercure au début du printemps est favorable pour trouver plus facilement notre sparidé le plus convoité pour sa défense et sa chair. Parait-il que les dodos sont présentes toute l'année dans la Golfe du Morbihan. Les anciens dans les cafés de Larmor Baden en sont convaincus. Pour infirmer cette idée qui est somme toute réjouissante, nous constatons que les pêcheurs au bao ne font pas de daurades durant la saison froide. Peut-être n'empruntent-elles pas les mêmes cheminements que durant la pleine saison. De source sûre, la bonne période commence en avril et se clôt en novembre. Quand les eaux de la petite mer montent en température pour atteindre 16 à 17°c, la saison de la pêche à la Royale devient une réalité.
Venir tôt le matin ou tard le soir pêcher la Royale, ce n'est pas forcément valable pour le Golfe du Morbihan. C'est surtout la grégarité qui va être déterminante pour le choix du timing. L'effervescence du carnaval des bateaux en période estivale n'influence pas vraiment la présence des daurades royales. Quand elles décident de s'établir dans le Golfe, l'armada motorisée ou toutes voiles dehors, ne les dissuadent aucunement d'effectuer leurs trajets annualisés, vers les eaux plus calmes du fond du Golfe. Les juvéniles étant plus propices à s'aventurer plus loin encore dans des eaux plus saumâtres et dans peu de profondeur.
 Une période de temps chaud et le soleil au zénith peuvent être propices à la « traque » de ce sparidé.
 


 
Les spots à Royale
 
Le mouvement des marées dans le Golfe redessinent les paysages, les ambiances différent, des îlots naissent et disparaissent, peut-être que les sparidés sont sensibles au charme du Mor Bihan (petite mer en breton).

 

Les vasières et les marais du Golfe alimentés par l'océan et par les rivières d'Auray, de Vannes et de Noyalo, ont favorisé le développement d'un écosystème riche en nourriture, c'est dû notamment par la présence des herbiers de zostère. Ces plantes aquatiques contribuent et favorisent l'oxygénation et la production du phyctoplancton. Elles sont donc le siège de reproduction de nombreux poissons et coquillages. Les daurades sont donc en maraude et attirés par cet écosystème riche et bi-fonctionnel: prédation et lieu de reproduction.

Le Golfe du Morbihan est un eldorada..

Les sparus aurata viennent donc dans le Golfe pour s'engraisser et se reproduire. Il faut donc trouver des lieux de passage plus ou moins obligatoires. Elles utilisent les courants pour se déplacer d'une moulière vers un parc conchylicole, d'une vasière vers un étang perméable à l'eau de mer durant les grandes marées.
A marée montante ou descendante et dés que le jus est faiblissant, les royales sont en attente dans les contre courants générés par les marées. Les daurades affectionnent ces mouvements d’eau qui recouvrent parfois des zones à fort potentiel régénérateur. C’est bien sûr ce genre d’endroit qui les attire. Rochers et moulières, langue de sable, et relief plus ou moins accidenté où elles peuvent trouver de la nourriture. Patiemment elles attendent la renverse tout en cherchant leur pitance.
Toutes les veines d'eau qui sont à proximité des parcs à huîtres ou des bouchots sont aussi des zones favorables au passage des daurades et sont à prospecter. Les poissons sont aimantés par les différences infimes de dénivelé. Une bâche, une légère dépression sont des réceptacles pour les coquillages et les crustacés. Les dodos opportunistes viennent dévorer les naissains d'huître et détruisent le travail patient des ostréiculteurs qui sont déjà assaillis par d'autres problèmes.
Certains parcs ostréicoles sont visités par les Royales à la montante. Il faut juste chercher la veine d'eau qui pourrait transporter le poisson vers ce garde-manger que constituent les poches à huître, qui sont des HLM à crabes. J'imagine que les dodos rentrent dans les parcs plutôt pendant les dernières heures de montante et qu'elles repartent à la descendante, avant que le jusant ne soit à son apogée. C'est pour se gaver pendant que le jus faiblit et elles s’installent durant  l'étale sans être bousculées et ballotées. Elles y resteront plus longtemps selon la hauteur d'eau et préfèreront les faibles coefficients.
A marée descendante, les Royales ne sortent pas du Golfe mais elles cherchent des contre courants ou des endroits calmes pour pique-niquer et rester en place pour attendre la fenêtre favorable et remonter vers le fond du Golfe.


Donc mes spots à Royales sont des endroits de passage, des autoroutes de la mer, ou de nourrissage, des supermarchés maritimes que sont les parcs conchylicoles et les alignements de bouchots. Les daurades affectionnent les grandes langues de sable avec du courant où elles délogent et défouissent les myes et les couteaux en labourant le subtrat. Les zones vaseux sableuses sont le foyer des palourdes et sont immanquablement colonisés par les dodos dont la gueule pavée vient facilement à bout de ce coquillage.

 

Durant le "Labrax tour" des concurrents peu habitués au Golfe, se demandaient ce que signifiait ces belles détections de poissons qui ne bronchaient pas devant leurs leurres. C'était certainement des bancs de sparidés...

 


 Session à l'entrée du Golfe avec Fabbiolisa

 

 Le mouillage
 
La pêche au poser est synonyme d’ancrage. Dénicher un spot à Royale est déjà un bon préambule, mais le plus important, c'est de réaliser un mouillage optimum. L'emplacement de l'ancrage du bateau va influencer les axes de lancer.
Ni trop proche ni trop loin du courant, bien que...

Je branche le GPS sondeur pour voir la nature du fond et les cassures. J'extrapole pour imaginer mes axes de lancer et le positionnement du bateau, ainsi que la dérive du bas de ligne, en fonction de l'idée que je me fais du passage du poisson.
Les coefficients ont bien sûr leur importance. Si c’est une marée de morte-eau, les Royales passeront de façon erratique et à n'importe qu'elle moment. Si c’est une marée de vive-eau, elles se tiendront prêtes et se rassembleront en banc important dans le contre courant, une à deux heures avant la fin de la marée. Au moment où le courant baisse d'intensité, elles remonteront aidées par le jus faiblissant. Le festival de touches et de départs peuvent, à ce moment là, affoler le pêcheur le plus blasé.
 
A l'étale de marée haute, la probabilité de ferrer un poisson est faible, sauf pour les vieilles qui profitent de ce moment pour mettre leur nez dehors. Parfois les gros grisets attendent cet instant pour venir folâtrer. Ceci dit, il y a quelques spots qui contre disent cette version, mais ils sont plutôt rares. Mes prospections futures doivent se porter sur les spots de montante et ils se trouvent en général éloignés de l'entrée du Golfe. Le courant de la Jument étant dominant dans la première partie du Golfe, il a façonné un couloir ou le jus puissant et le volume d'eau déplacé, handicapent les pêcheurs de daurades à identifier les spots favorables. De plus, cette axe de navigation qui emprunte la Jument est interdit au mouillage. C'est donc du bord et en bordure de ce courant majeur que nous pouvons mouiller nos lignes à daurade.

 

 

Ce jour là j'étais en mode pêche, surprise c'était la semaine du Golfe!

Pour ce qui est de l'étale de marée basse, l'affaire est différente, puisque que c'est l'instant T qui va déclencher le rush des Royales vers le fond du Golfe, donc la renverse est THE moment privilégié pour croiser la route des dodos.
 
Fort de cette constatation, l'ancrage du bateau ne se fera pas de la même façon selon le mouvement de la marée. Le placement est primordiale au mètre prés et l'électronique aidant en conjonction avec les coefficients et donc de la force du courant influenceront ma décision. Il faut tenir compte également, de l'intensité et de la direction du vent, du fardage du bateau, de l'évitement du bateau sur son ancre. Tous ces paramètres réunis aident à concocter au mieux l'idée du mouillage idéal.
Ce mouillage idéal n'est pas toujours possible à réaliser, puisque que le Golfe est un espace soumis à une réglementation maritime qui doit faciliter la circulation de toutes sortes d'embarcation. De fait, certaines zones de mouillage et de dérive sont interdites selon les périodes de l'année...

Chaque spot à Royale a son fonctionnement. A nous d'observer et de tirer des conclusions qui ne sont pas des certitudes. Le but c'est de placer le mouillage de l'embarcation proche du cheminement des dodos et de faire oublier au sparidé qu'un bateau est mouillé au dessus de leur tête.
 
Dans une session de pêche à la Royale, je squate 3 à 5 spots différents que j'aurai déterminé selon mon trajet, la marée, les coefficients, la météo et la fréquentation des lieux. De Port Navalo au Logeo qui est loin d’être situé au fond du golfe, les horaires de marées ont un décalage de presque une heure. Quand, à la pointe de Kerpenhir marquant l’entrée du Golfe, la mer commence à descendre, au fond de la petite mer, les marais de Séné continuent à se remplir. Il est donc facile d’imaginer que des courants naissent de ces différences et le choix de nos déplacements va être influencé par les moments des étales de marées. Nous pouvons jongler avec les horaires et les spots pour suivre et tenter d'anticiper sur les passages du poisson.

 

Rien ne sert d'insister sur un spot durant toute une marée, sauf si le but est la prospection et la validation. Pour garder le caractère dynamique de cette pêche au poser, les déplacements vers différents mouillages, participent à garder une motivation et une concentration intactes, tout en changeant l'ambiance de la session grâce aux paysages de cette petite mer au milieu des terres...
 
 
Les appâts:
 
En début de saison de la pêche à la dodo, je privilégie les appâts mous, comme les vers principalement le ver de chalut et la pistiche, le solen ou couteau frais ou congelé. Je ne suis pas fan du bibi, il ne m'inspire guère et je pêche pourtant souvent avec pour tenter de l'adopter, mais les résultats ne sont pas probants.
L'appât qui fait l'unanimité au sortir de la période hivernale me paraît être la mye. Utiliser frais ou congelée, le cœur ou le pode, elle est un attractant qui ferait succomber la Royale la plus gavée et la moins décidée.
Les céphalopodes ne m'ont jamais convaincu, mais leur fraîcheur doit conditionner les résultats. Les bulots sont très prisés par les anciens, frais ils sont prenants. Leur odeur forte garantisse de ratisser large. Raoul alias Barplouay est un adepte de cette esche.

 

Quand la température de l'eau monte franchement, l'esche reine devient le crabe vert franc ou mou. Quand la mue des crabes commence, je n'ai que l'unique choix d'escher ce crustacé pour lequel tout sparidé succombe sans coup férir à ce goût qui nous vient d'ailleurs. C'est sans conteste mon appât préféré et le crabe mou, c'est une tuerie.
Les étrilles sont aussi un appât recherché par la dodo. J'ai souvenir d'une session de Titi le calamar qui sous les moqueries de ses partenaires de pêche, avait esché une masta étrille et ferrer une belle Royale en one shot.

 


 

Rom et les 33 en Bzh. On perçoit le flot et le contre courant...
 
 
L'eschage
 
Poisson chipoteur par excellence, il faut bien lui présenter l'appât et camoufler la tige de l'hameçon et l'ardillon.
Les appâts mous qui ont ma préférence sont le couteau et la mye. Je les esche en confectionnant une sorte de boule et ensuite je ligature en tentant de camoufler la tige de l'hameçon tout en laissant l'ardillon dépassé. Confectionner une esche de forme sphérique et non en respectant le dessin naturel de l’appât, est un choix qui concourra à moins accrocher le substrat. Le but recherché est de laisser dériver l’esche dans le courant.  
 
Si je choisis un crabe comme esche, je casse la pince et lui coupe les deux pattes arrière pour l’empêcher de s'ensabler. Je passe l'hameçon par le trou laissé par la pince manquante et je ressors par le trou de la patte arrière. Idem pour le montage wishbone, donc bis répétita.
J'utilise le montage wishbone ou le traînard simple sur un coulissant qui supporte le plomb avec un cassant, qui coulisse sur le corps de ligne.
Si le fond est très accidenté, le traînard ne sera armé que d'un seul hameçon et de 1/0 à 2/0. Certains pêcheurs de dodo comme Guy56 et Rom, préfèrent les hameçons Circle hook de 3/0 à 5/0...
J'ai tendance à escher des crabes plutôt de petites tailles (ancienne pièce de 10f) et changer l'appât tous les 1/4 d'heure. Le choix d'escher des petits crabes permet de gagner en distance de lancer. Ceci n'est pas primordial si les fonds sont escarpés avec des couloirs de roches qui conditionnent le placement des esches. Dans certaines configurations, il est permis de pêcher à la verticale du bateau...
 
Pour le crabe mou, le fil élastique fera tenir le crustacé à l'impact et gardera l'esche compactée sur l'hameçon. Un crabe mou est toujours sujet à une touche mais le gobage ou l'engamage est différent selon la taille du poisson. Ma concentration est maximum quand j'ai appâté un crabe mou, je sais que quoi qu'il advienne, les effluves diffusées, transportées par le courant et les remous attireront immanquablement une daurade excitée par cette esche. L'engamage sera rapide pour des dodos de petites tailles, mais le gobage sera parfois gentillet, tatillon pour des sparidés qui ont traversé la dernière décade et là le ferrage devient un casse tête.
 
 
Les axes de lancer

Il faut lancer perpendiculairement au courant ou en biais avec détermination et puissance, tenir canne mi haute, laisser filer le fil en le contrôlant avec la main, sentir le plomb dérivé et se poser au fond, rendre la main ou au contraire effectuer une tirette pour se sortir d'un obstacle, et rester concentré pour sentir la touche.


 

Le courant de la Jument et ses abords.


De temps à autres, il est judicieux de tirer avec délicatesse sur la canne pour vérifier que la ligne n'est pas enragué. La main doit-être légère et douce sur le blank. Le plomb et le bdl doivent dériver et circuler dans le courant et dans le contre courant. Il arrive parfois que le trajet de la plombée dessine une ellipse, c'est la dérive gagnante.

 

Certains pêcheurs s'évertuent à lancer au cul du bateau. La méfiance de la Royale n'est pas une légende et éloignée l'esche du bateau est un gage supplémentaire d'attirer un poisson puisque la chaine de mouillage génèrent des turbulences et du bruit. De même que la coque du bateau et le clapotis de l'eau peuvent avoir une incidence sur la discrétion... Ceci est parfois obsolète quand le banc est important et la frénésie alimentaire présente. Dans ce cas de figure somme toute assez rare, il est possible de positionner sa ligne en amont, en verticale ou en aval du mouillage du bateau. Le seul axe de lancer à éviter est de tutoyer l'ancre.

 

Entre une pêche en amont ou en aval, je fais immanquablement le choix de l'aval. Dans la grande majorité des cas, la nécessité de laisser dériver l'esche, nous pousse à choisir de pêcher en aval du mouillage du bateau et profiter du courant pour qu'il puisse faire parcourir à l'appât, un maximum de terrain. Il faut donc tenir compte de cette approche pour mouiller le bateau. Je choisis souvent la fracture des courants, mais selon les coefficients de marées et la réglementation en vigueur qui restreignent les zones de mouillage, les choses peuvent changer. La pêche en amont se conjugue difficilement avec la puissance du mouvement de l'eau du Golfe. Le plomb à tendance à déraper et à partir vers l'aval. Si je pense que le poisson est présent assez haut dans le contre courant, alors dans ce cas, la pêche en amont se justifie.
 
Je ne suis pas partisan d'une plombée lourde et inerte sauf si la technique du surf casting est nécessaire. Une plombée entre 40 et 100g doit permettre à l'appât d'être attirant sous l'eau, donc lui donner vie.
Mon pattern préféré est de 60g.
 
 
 
Le ferrage

Je ne ferre pas à la première touche sauf si la Royale embarque l'esche en trombe. Il faut sentir tout ce qui se passe au bout de la ligne et cela reste encore une énigme de savoir à quel moment il faut ferrer la dodo. La canne devra donc être résonnante...
Il apparaît donc logique de garder sa canne en main pour pêcher la Royale, mais je mets parfois en "batterie", de 2 à 3 cannes supplémentaires eschées avec des esches différentes. Rien de tel que ce genre de panel, pour bien commencer une session de pêche au poser.
 
Parfois fatigué d'attendre ou en phase de restauration, canne dans le porte canne, la Royale se ferre toute seule et j'ai assisté à des touches qui ont fait plier fortement le carbone au point d'avoir des difficultés à me saisir de ma canne à dodo qui restait bloquer dans son support.

L'instant délicat c'est la descente de l'esche et du plomb vers le fond. Si elles sont là, elles peuvent prendre l'appât au vol, la touche dans ce cas est insidieuse à reconnaître. Cela peut ressembler à une saccade, à un gratouillis, comme une algue qui glisse sur le bas de ligne...
Plus tard, à force d'emmagasiner des sensations, chacun sentira des touches même infimes, le plus difficile c'est le moment du ferrage. Un ferrage raté, ne l'est pas complètement. Il faut attendre, rendre la main et espérer qu'elles reviennent manger le reste de l'appât qui pendouille sur l'hameçon. C'est sûrement d'ailleurs une consœur qui viendra terminer le repas.

Les Royales sont grégaires sauf au dessus de quelques kilos, ou elles sont plus solitaires.
La grégarité entraîne la concurrence alimentaire, donc quand elles sont là en nombre et surexcitées, les touches sont nombreuses, franches et puissantes, donc le ferrage est facilité.

Ce qui détermine en général le ferrage c'est le moment où une tirée franche fait saluer la canne. Il faut parfois attendre plusieurs touches fines et insignifiantes avant de sentir cet engamage franc. La première mise en bouche pour ce fin gourmet vorace mais délicat c'est de gouter, donc cette première touche est un test. C'est un moment ou la tension du fil peut perturber cette phase de goutage de l'appât. La main doit rester souple et la canne se faire oublier, sinon la sanction c'est le recrachage de l'esche mâchouillé et ensuite délaissé. La Royale peut titiller plusieurs fois l'esche avant de se décider et le temps d'attente peut s'éterniser et notre concentration s'émousser. La belle aux sourcils d'or est donc capable de jouer avec nos nerfs et aimer les prolongations. Elle ne doit sentir ni tension, ni points durs, ni effluves transformées ou faisandées. Quand sa décision est prise un toc plus net va nous conditionner au ferrage...
Il faut mettre une sacoche suffisante pour que l'hameçon glisse sur la gueule pavée pour venir se ficher dans les lèvres de la dodo.
 
Et après le ferrage, que se passe-t-il?
 
Imaginons que le ferrage ait été efficace, appuyé et ferme, pour que l'hameçon dérape sur la gueule pavée pour se ficher sur la lèvre de la dodo...
Là, deux solutions s'offrent à nous, brider le poisson ou laisser travailler le frein et la canne. Je suis adepte du bridage dans un premier temps. Dés que le poisson est décollé du fond, il est parfois judicieux de desserer le frein du moulinet, pour amortir les rushs. Le blank de la canne doit-être assez réactif pour fatiguer la dodo. Le mano à mano est un épisode intense ou toute la combativité de la Royale s'exprime sans laisser de répit.
Le moulinet subit, la canne encaisse autant que les muscles tétanisés du pêcheur.
Le Talien tentera de sonder pour se frotter à la roche. Ses changements de direction sont imprévisibles et donnent le tournis. La Royale tire sur le bdl, comme un chien à qui nous voudrions retirer le bâton de la gueule, pas un chihuahua, mais un bouledogue bien joueur et en forme.

 

La daurade vous donnera des sueurs froides, rien n'est jamais gagné et la casse ou le décrochage peuvent survenir à n'importe quel moment.
Les Royales ont la science infuse pour s'enraguer et se loger derrière la première roche, elles se camouflent dans les laminaires, dans les anfractuosités, foncent vers le mouillage.
Perdre une royale fait partie du jeu. Si la casse survient au début, la daurade aurait engamé profond puis recrachée l'esche et l'appât, c'est que le ferrage n'a pas été assez appuyé. Si la perte du sparidé intervient en cours de combat et que la perte de l'hameçon sanctionne la fin d'une histoire à peine entamée, c'est que les dents protubérantes de la dodo seraient venues à bout du fluoro ou du mono filament. Cette fin de confrontation aura comme conséquence de laisser dans la gueule de la dodo, un possible piercing qui ne l'empêchera pas de continuer sa route.

 

Le face à face entre le pêcheur et son poisson tant attendu ne doit pas entraîner l'heureux élu à durcir sa pêche en réponse à la puissance des coups de tête et de la fuite musclée de la dodo. Tout relâchement de la tension, de la ligne peut provoquer le décrochage. La densité du combat agrandit en général le piercing de l'hameçon et ceci est l'une des causes des pertes du poisson. Il faut toujours avoir un contact ferme et accompagné avec la bouche du sparidé, pour éviter ce genre de mésaventure qui sanctionne tout mou dans la ligne.
C'est pour tous ces imprévus que la rencontre avec une dorade royale est sujet à bien des spéculations qui fait naitre dans cette aventure halieutique bien des émois, d'adrénaline et de pensées parasites de tout ordre.
Le but ultime est de voir crever en surface les reflets argentés, mordorés, d'une daurade à la nage sinueuse et imprévisible qui cherchera à sonder inlassablement en cherchant à se frotter contre tout obstacle qui croisera sa route. C'est le moment qu'elle choisit pour se parer de ses plus belles couleurs qui nous paraissent si chatoyantes alors qu'elles proviennent d'une situation de stress.
 
La perte d'un poisson sur trois ferrée peut-être une proportion raisonnable. C'est ce qui fait le charme et la passion de cette pêche, comme si la puissance de la Dorade Royale était synonyme de la quantité d'émotion vécue par le pêcheur chanceux.



 
 

 
Le matériel (en construction)
 
Les cannes:


Dans le sud, les cannes à buscle sont largement validées. Elles permettent de leurrer des sparidés de petites tailles. Le scion en fibre de verre remplit bien son office.
 
En Bretagne, c'est une autre approche puisque les Royales rencontrées sont des beaux spécimens qui dépassent allègrement le kg pour les plus petites.
 
Du bord:
Cannes de 2.40 à 4.50. J'ai une préférence pour les cannes de carpistes de 3.20 à 3.60 et de puissance 40-150g. Bonnes lanceuses, elles brident bien les poissons. Leur bonne taille aide à sortir des abords encombrés.
 
En bateau:
Une canne résonante, d'une taille de 2.50, solide, légère et bonne lanceuse et d'une puissance 40-80g qui puisse fatiguer les dodos, à toute mon attention.
Les Illex Avalanche et la 2.50XH sont toujours à bord de mon bateau lors d'une session dodo.
Les blank Rodhouse pour la traction medium à lourde ont aussi ma faveur. Résonante et plus légère que celles en série, elles sont efficaces et plus confortables canne à la main.
Les blank Batson XBB 962, RX7 CB80H et la North Fork Mag Bass 809 sont parfaites.
Les cannes casting sont parfois utiles sur de rares spots ou les Royales sont en banc compact et affamées.
 
Les moulinets:
Un moulinet de 4000 à 5000 est largement suffisant.
Shimano Twin power et Stradic 4000 équipent mes cannes.
 
Le fil et les tresses:
Grand débat!
Tresse de 15 à 21/100 et fluoro ou mono filament de 45/100
Mes moulinets sont chargés d'une tresse power pro rouge de 19/100, il m'arrive d'être en 15/100 quand j'utilise mes bobines pour la traction.
Arraché de 5 à 10 m, indifféremment en fluorocarbone ou en mono filament. Les pêcheurs de Pagre japonais ne jurent que par le mono filament. Le fluorocarbone étant de leur avis trop raide pour supporter les rushs des Pagres surpuissants.
Fluorocarbone YGK Nitlon et Trilène.
Mono filament Tortue ou Asso et Polyvinilon qui est un nylon hybride pour pêcher à la verticale.
 

La pêche au poser de la Royale paraît être une pêche d'attente et assez tranquille. Ce n'est pas le cas si l'on a trouvé la bonne veine d'eau et cette pêche à l’allure débonnaire peut devenir un moment inoubliable.
La mise au sec d'une dodo de plusieurs kilos est généralement le dénouement d'une longue histoire qui s'apparente bien à un rêve halieutique recherché par tout pêcheur en mer et nous pouvons espérer que l'histoire se répète...
 


 

 




 


 

 



03/08/2010
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